dimanche 29 novembre 2015

Et la Pologne ? Quelle place pour la Pologne dans la première guerre mondiale ?  

 
Rappel : La Pologne disparut à la fin du XVIIIe siècle lors des trois partages: en 1772, 1793 et 1795. Elle fut démembrée par ses trois voisins: la Prusse, l’Autriche et la Russie. Elle fut ressuscitée par Napoléon dans un éphémère Grand Duché de Varsovie de 1807 à 1814. Le congrès de Vienne (1814-15) plaça l’essentiel de la Pologne sous le contrôle russe. Les Polonais se révoltèrent contre l’occupant russe en 1830 et en 1863 ce qui explique la présence d’exilés en particulier en France dont les plus connus furent Frédéric Chopin, Adam Mickiewicz et Marie Skłodowska-Curie. Les occupants, surtout les Russes et les Allemands, allèrent jusqu’à nier, à la fin de cette période, l’existence d’une culture polonaise.





Pour les Polonais, la Première Guerre mondiale était « la leur » dans la mesure où elle allait mener à la reconstruction de l’État polonais après 123 ans de disparition. Mais ce souvenir éclipse deux réalités :

  • D’une part, 3 500 000 Polonais participèrent aux combats dans les armées russe (1.2 million), austro-hongroise (1.4 million) ou allemande (800 000). Plus de 530 000  trouvèrent la mort: 200 000 dans l'armée russe, 220 000, dans l'armée austro-hongroise et 110 000, dans l'armée allemande. 
  • D’autre part, les populations civiles polonaises ne vécurent pas la guerre de la même manière selon leur région d’origine, ainsi la Posnanie et la Prusse occidentale allemandes souffrant du blocus, dans la Pologne russe sous régime d’occupation allemande dès 1915 et la Galicie autrichienne de l’occupation russe jusqu’au printemps 1915, aux représailles autrichiennes ensuite.
 
Jozef Pilsudski


Mais dès avant la guerre, les Polonais se divisaient sur le parti à prendre dans un futur conflit qui éclaterait tôt ou tard :
  • Pour certains, l’ennemi était d’abord la Russie, option incarnée par Józef Piłsudski, futur chef de l'État polonais. Il combattit dans l’armée austro-hongroise à la tête des Légions polonaises doublées d’une organisation secrète en Pologne russe.

  • Pour d’autres, autour de Roman Dmowski, l’ennemi le plus dangereux était l’Allemagne. Le tsarisme bloqua toute constitution d’un mouvement national et il fallut attendre la révolution de février pour que furent y créées des unités polonaises.

En parallèle, dès 1916, les autorités allemandes reconstruisirent avec les milieux politiques de Varsovie, les bases et les éléments constitutifs d’un futur État polonais sous suzeraineté allemande.
La Pologne fut recréée le 11 novembre 1918 (date symbolique mais contestable) et le traité de Versailles signé par l’Allemagne vaincue le 28 juin 1919 le confirma.

Face à la guerre civile en Russie et mécontents du projet de frontière orientale de la Pologne, appelée ligne Curzon (actuelle frontière est de la Pologne), les Polonais décidèrent d’envahir l’ouest de la Biélorussie et de l’Ukraine prenant Kiev en mai 1920. Mais ils furent repoussés en juin 1920 par l’Armée rouge et reculèrent jusqu’à Varsovie. Le chef de l’État polonais, le maréchal Piłsudski, organisa la défense de Varsovie en plusieurs lignes. Lors de la bataille en août 1920, les Polonais résistèrent péniblement mais Piłsudski réussit à encercler et à détruire l’armée bolchévique par un grand mouvement tournant venu du sud. Cette victoire éclatante et inattendue fut alors surnommé « le Miracle de la Vistule ».




 1920 Bitwa Warszawska (2011) 



Lors de cette bataille, Piłsudski fut conseillé par le général français Weygand et par la mission militaire française avec, entre autres, le capitaine de Gaulle.

En fin de compte, ce fut la mémoire des Légions qui l’emporta surtout après que Piłsudski eut repris le pouvoir en 1926, manipulant à sa guise la mémoire de la guerre jusqu’à sa mort en 1935 en profitant du prestige militaire que lui conféraient ses victoires et son grade de maréchal.

Aujourd’hui, la mémoire de cette guerre est éclipsée en Pologne par celle de la Seconde Guerre mondiale comme elle fut par le régime communiste de 1945 à 1989.

Peu de lieux de mémoire de cette guerre même si le 6 août commémore la départ héroïque du village d’Oleandry  des Légions polonaises.

Les lieux des combats les plus importants sont aujourd’hui hors de Pologne et ne sont plus que des souvenirs hors de toute référence spatiale. Pourtant depuis quelques années, des associations polonaises prennent soin des cimetières  en honorant ainsi les "poilus" des trois empires disparus, quelque soit leur nationalité, morts lors des combats sur le front de l'Est.

Cimetières de la Galicie occidentale (Sud-Est de la Pologne)
 







Aucun commentaire:

Publier un commentaire