dimanche 29 novembre 2015

Introduction


La Pologne de 1945 avec les territoires perdus à l'Est (annexés par Staline) et "recouvrés" à l'Ouest (transférés à l'administration polonaise suite à la conférence de Potsdam qui confirmait les décisions prises à Téhéran puis Yalta par Staline, Roosevelt (puis Truman et Churchill (puis Atlee).



Wrocław (prononcer Vrotsouav) que nous proposons de nommer comme Varsovie et  Cracovie, Vratislavie, aujourd'hui la capitale de la Basse Silésie polonaise, réunit un patrimoine artistique, plus particulièrement architectural, qui résulte de l’appartenance successive de la ville aux États dominant la région tout en conservant des spécificités locales et régionales propres. Son histoire mouvementée et ses acteurs ont créé un ensemble urbanistique qui mérite, comme disaient autrefois les Guides bleus, le détour. 


Ville-victime de la mouvance de frontières en Europe centrale depuis mille ans qui pourrait de ce fait symboliser cette partie du continent comme le suggère l’ouvrage Microcosme. Portrait d'une ville d'Europe centrale que lui ont consacré deux historiens britanniques, Norman Davies et Roger Moorhouse.
 
Il est vrai que, pour les Français, visiter la Pologne, patrie de Chopin, a été pendant longtemps un tour classique se réduisant à Cracovie, Varsovie et éventuellement Poznań (Posen en allemand avant 1918). C’est une Pologne romantique et souffrante que l’on voulait voir, une Pologne d’autrefois mais laquelle ? Celle, indépendante encore au XVIIIe siècle qui a donné la reine Marie Leszczynska ? Celle du XIXe qui s’est soulevée contre les Russes par deux fois (1830 et 1863) ? Ou encore celle de l’entre-deux-guerres, alliée de la France mais où l’on ne pouvait plus visiter deux autres villes-phares de la culture polonaise  : Lwów-Lemberg ou Leopol comme on disait encore en français avant la guerre, devenue Lviv ou Wilno-Wilna devenue Vilnius, passées toutes les deux sous la férule soviétique ?
De fait on ne visitait que la Pologne imaginaire et/ou proposée par le régime communiste.
Les Occidentaux n’ont pas voulu accepter mentalement le déplacement des frontières polonaises à l’ouest suite à la conférence de Potsdam et le pouvoir communiste semblait vouloir faire ignorer les territoires acquis au dépens de l’Allemagne, comme s’il avait honte de présenter cette nouvelle Pologne pourtant si différente des clichés, alors que les Français nés avant la guerre continuaient à utiliser les noms allemands de ces villes. Dantzig disait quelque chose à l’oreille mais Gdańsk semblait imprononçable. Stettin, Breslau n’existaient tout simplement pas dans l’espace imaginaire des Français en tant que villes polonaises car il fallait lire (était-ce possible?) dans les atlas et les dictionnaires, pourtant en caractères latins, les noms de Szczecin ou Wrocław.

Le passé allemand de ces villes a été effacé par le pouvoir communiste, oublié par les habitants traumatisés par la guerre et les déplacements, venus construire un nouveau régime, une nouvelle vie. Suite à la chute du communisme et la fin de la Guerre froide les langues se sont déliées, les archives se sont ouvertes. Les jeunes générations ont eu la curiosité voire le besoin de connaître le passé des lieux qu’elles habitaient. De jeunes chercheurs ou des amoureux de leurs villes ont commencé à découvrir et faire connaître aux autres ce passé occulté, et souvent sans complexe, ils se sont approprié l’ensemble du passé y compris celui si honni, prussien voire nazi : ainsi le bureau de tourisme propose une excursion dans la ville de 3h30 intitulée «Les Nazis à Breslau»,  c’est comme si les Français d’Alsace-Lorraine avaient remis en valeur les périodes entre 1870 et 1918 et 1940 et 1945 à Strasbourg ou Metz. 
Les villes polonaises ont entamé l’immense travail de restauration de leur patrimoine grâce au changement de régime mais aussi grâce aux fonds européens puisque la Pologne est devenue en 2004 le membre de l’Union. De 2014 à 2020 le montant des fonds européens de revitalisation de villes s’élèvera à 25 milliards de zloty (6 milliards d’euro) ce qui promet la poursuite de travaux de restauration du patrimoine détruit ou ravagé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (cf. Festung Breslau) ou de la politique communiste de l'après-guerre (cf. le chapitre qui y est consacré).

En 2009 le ministre polonais de la Culture et du Patrimoine national a lancé le concours de candidature de la Capitale européenne de la culture pour 2016. Onze villes ont répondu dont Varsovie et c’est Wrocław qui a remporté la compétition en juin 2011 alors qu’en Espagne c’est la ville de Saint Sébastien. En 2012 est née l’institution officielle responsable de préparatifs de cet événement annuel qui est le résultat de la fusion du Centrum Sztuki IMPART (Centre de l’art IMPART, entreprise organisatrice des événements artistiques de la ville) et du Bureau Wrocław 2016.

Vratislavie  compte environ 630 000 habitants avec un solde migratoire négatif depuis une dizaine d’années dû à une émigration vers  l’ouest de l'Europe (Allemagne et  îles Britanniques), à un taux de fécondité parmi les plus faibles du monde (1.09 enfants par femme en 2014) et au processus de périurbanisation. Ainsi son agglomération augmente-elle et atteint quasi un million d’habitants répartis sur 3372 km2.
Néanmoins une impression de jeunesse perceptible en ville est produite par la présence de plus de 130 000 étudiants fréquentant 23 établissements universitaires dont l’Université et l’École polytechnique. 99.7% des membres de l’Alma mater déclarent connaître l’anglais et 84.7%, l’allemand. Plus de 60% ignorent le français.
La ville située au sud-ouest du pays, dans une plaine, possède un climat relativement doux en hiver (28 jours seulement de gel) et peut connaître de fortes chaleurs en été (40 jours durant lesquels la température peut dépasser 30°C). Les saisons intermédiaires sont assez agréables pour visiter. C’est le mois de septembre qui connaît le plus grand nombre de jours ensoleillés. Les précipitations sont largement inférieures par rapport aux villes de l’Europe occidentale. Au nord, à 30 km, se situent les collines des Chats (Kocie Góry) connues depuis le Moyen Age pour son vignoble tandis qu’au sud, à une centaine de kilomètres, s’élèvent  les Sudètes qui culminent à 1603 mètres et dont le climat est bien plus rude.

Les noms polonais pourront poser quelques problèmes aux Occidentaux mais il leur suffira de regarder le chapitre consacré à la langue et au glossaire pour surmonter cette difficulté.
La topographie a changé depuis 1945 et 1989. Si certains noms de rues et de places ont tout simplement été traduits de l’allemand (par exemple Ohlauerstrasse en ulica Oławska c’est-à-dire la rue d’Ohlau, Oława qui est une petite ville à l’ouest de Vratislavie), d’autres ont reçu un nom plus politiquement corrects, et d’autres encore, de l’époque communiste, ont été remplacés. Toute référence au passé prussien, impérial et surtout nazi a été effacée, toute référence au stalinisme également après 1956. 

L’écriture gothique en usage ininterrompu  jusqu’à l’époque nazie présente sur beaucoup d’objets, monuments et textes pourra surprendre certains touristes peu habitués à visiter les pays germaniques.






 

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