dimanche 29 novembre 2015

Les Polonais combattant en France pour la France et pour la Pologne pendant la Première Guerre mondiale


L'assassinat de Sarajevo et l'escalade de mobilisations dans les pays liés par le système d'alliances provoquèrent l'éclatement du conflit européen au début du mois d'août 1914. Dans les manuels du secondaire on parle encore de la confrontation des impérialismes antagonistes, du conflit opposant les démocraties libérales aux monarchies autoritaires (ce qui est surprenant vu la participation de la Russie du côté de l'Entente et le régime autocratique de celle-là ainsi que sa politique à l'égard des nations dominées voire persécutées par elle), du choc de nationalismes sans préciser ses formes (agressives ou défensives). On souligne le caractère multinational de l'Autriche-Hongrie («mosaïque de peuples») en occultant ce même caractère de l'Empire russe («prison des peuples») et on ne dit rien sur les minorités slaves dans le IIe Reich. L’irrédentisme italien apparaît à l'occasion de l'entrée du royaume du côté de l'Entente (trahison de la Triplice mais ce sont toujours les gagnants qui ont raison). Peu de livres en français consacrent leurs pages au front de l'Est si mal connu même des spécialistes (c.f. mon article sur la revue «l'Histoire»), peu de lecteurs intéressés par l'histoire du Ier conflit mondial connaissent d'autres combattants sur le front de l'Ouest que français et anglo-saxons alors que plusieurs nationalités participèrent aux combats dans la Légion étrangère et d'autres dans les formations spécifiques (nationales) aux côtés des soldats français. Ils ont vécu dans les tranchées, ont participé aux offensives ou à la défense d'un objectif militaire, beaucoup y ont perdu la vie. 

Parmi ces nationalités on peut signaler les Polonais qui avaient eu une expérience de combat aux côtés des armées napoléoniennes en Italie entre 1797 et 1807. Ces Légions furent formées de soldats émigrés, après l'échec de l'insurrection de Kościuszko, en France et en Italie. 6000 soldats au total y furent commandés par le général Dąbrowski. Après la paix de Lunéville ils furent envoyés combattre les révoltés de Haïti en 1802 puis ils participèrent dans les guerres napoléoniennes jusqu’à la fin n'ayant obtenu comme satisfaction que la création du Grand-Duché de Varsovie, bien éphémère. Leur plus grand exploit constitue aux yeux des Polonais la fameuse charge de Somosierra (1808) lors de la guerre d'Espagne.




Beaucoup de ces soldats polonais décidèrent de rester en France et constituèrent le point de départ de la communauté polonaise (Polonia) qui s'élargit après la Grande Emigration de 1831. Parmi ces Polonais on trouve des noms célèbres comme Mickiewicz, Słowacki, Chopin, Krasiński, Norwid, Lelewel, prince Czartoryski, Bem (héros hongrois et général ottoman) ou Domeyko (savant chilien). La majorité était d'origine noble et donc ayant une grande culture et des connaissances de l'histoire, de la littérature et de la langue française. Ils formaient en quelque sorte l'élite de la nation à l'étranger, regroupée, au début, autour de la cour de Czartoryski à l'hôtel Lambert (on étudie ce phénomène dans le programme scolaire en Pologne que ce soit en histoire ou en littérature où le romantisme est la période-clé). Cette diaspora augmenta en nombre suite aux événements politiques de 1846 (Cracovie), 1848 (Printemps des peuples: insurrection de Grande-Pologne), 1863 (Insurrection de janvier dans le Royaume du Congrès). Certains de ces Polonais (300 à 600) participèrent à la Commune comme Jaroslaw Dombrowski ou Walery Wróblewski. Le début du XXe siècle correspond à l'arrivée des premiers immigrés polonais économiques, recrutés parmi les mineurs de Westphalie pour travailler dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais. Dans un article d'avril 1914, le journal "le Temps" parle d'une communauté de 4000 personnes. Victimes de xénophobie, assimilés aux "Boches" et parfois pris pour des espions allemands, des centaines de mineurs et leurs familles furent déplacés en accord avec la direction des mines par les autorités françaises vers les mines de la Loire et du Midi: Saint Étienne, Nîmes et Alès. Il est important de rajouter ici 30 000 juifs fuyant la persécution et les pogroms en Russie venus trouver refuge en France. 10000 parmi eux étaient des juifs polonais (Royaume du Congrès) vivant dans la région parisienne et qui allaient également s'engager dans les forces armées.
C'est parmi cette population dont une majorité conserva la conscience d'appartenance et des liens avec la langue et le pays d'origine que s'opéra le premier recrutement de soldats polonais sur le sol français en août 1914.


Les Bayonnais



L'espoir de voir leur pays enfin libre et que la France, patrie des droits de l'homme, pays ami de la cause polonaise depuis Napoléon et symbole des valeurs démocratiques accepterait l'engagement militaire polonais à ses côtés, poussa certains membres de la communauté de croire que l'alliance avec la Russie ne serait pas un obstacle. Wacław Gąsiorowski, homme de lettres, fondateur et rédacteur de Gazeta, hébdomadaire paraissant à Paris, était un de ces activistes désireux de créer un mouvement de volontaires. Ainsi l'Association ouesteuropéenne du Sokol (Faucon) prit l'initiative le 30 juillet 1914, de lancer ce mouvement à la tête duquel allait se trouver le 1er août, le Comité des volontaires polonais pour le service dans l’armée française (KWP) composé de Jan Danysz, Wacław Gąsiorowski (ND), dr Bolesław Motz (symapatisant de la conception de Piłsudski) et Bronisław Kozakiewicz. Le Comité adopta par la suite la position de la Démocratie Nationale. Son travail de recrutement n'était pas officiel car la France compromise dans l'alliance ne voulait pas fâcher la Russie. Les autorités françaises allaient plus loin en internant les ressortissants des pays ennemis présents sur le sol français dont les Polonais, sujets du Kaiser ou de l'empereur d'Autriche-Hongrie. Dans ces conditions le Comité décida de délivrer les «certificats de polonité», non reconnus d'abord puis acceptés. Mais face au manque d'intérêt de la France le Comité se transforma en institution d'aide et soutien (distribution de nourriture et entrainement militaire). Selon certaines sources il y aurait eu plus de 2000 engagés polonais dont 500 à Paris, 300 à Abbeville et Douai et 100 à Marseille. Jean Anglade dans son "Cœur étranger" paru en 2008 raconte l'histoire de Karl Wasielewski, un polonais de Waziers, devenu un "bayonnais" sous le nom de Charles Olharan.
Les motivations de volontaires n'étaient pas toujours patriotiques. Selon Wacław Lipiński, auteur de «Les Bayonnais et l'Armée polonaise en France», les francs-tireurs obéissant aux directives du commandement de leur organisation devaient s'engager dans l'armée française faute de pouvoir rejoindre les Légions de Józef Piłsudski en voie de formation en Galicie. Et malgré les divergences politiques ce qui les unissait s'appelait la «grande pauvreté, une indigence subite, dévoiement, perte de sens de la réalité». Jan Żyznowski, un des volontaires se souvient de ses camarades dans ces termes: «Elle était étonnante, cette armée polonaise en France. Une armée !? Un millier à peine de gens d'un niveau intellectuel variable, aux opinions politiques diverses, brusquement enterrées, en partie emportées de Pologne, en partie complétées par les socialistes ou monarchistes français. Médecins, peintres, comtes, artistes, avocats, poètes, tailleurs, deux cuisiniers, débauchés, nitouches, athées et surtout des étudiants.»

Leur situation s'améliora ainsi que celle du Comité suite à l'accueil enthousiaste et l'appui français de l'appel aux Polonais du Commandant en chef des forces russes, grand-duc, Nicolas Nikolaïevitch, publié le 14 août 1914. Mais de fait le gouvernement français n'autorisa les étrangers à s'engager dans la Légion que le 21 août. Ce jour-là, les volontaires subirent un contrôle médical aux Invalides avant de signer l'engagement en attendant le départ pour Bayonne. L'un d'eux remémore ce contrôle médical: « à 15 heures on nous laissa entrer dans une salle lugubre d'où, par groupes, déjà déshabillés nous passions devant un rang de médecins. A leur question sur notre état de santé, nous avons répondu qu'elle était formidable. On cachait le possible motif du refus en essayant de convaincre le médecin dubitatif soit par paroles soit par promesse dans lesquelles on ressentait un élan sincère. »

 
Plus de 180 volontaires subirent l'examen médical et ils traversèrent ensuite Paris en ordre de bataille et sous le drapeau polonais acclamés par les habitants criant «Vive la Pologne ! Vivent les volontaires!» Le lendemain à 11 heures les volontaires polonais partirent d'Ivry pour le Sud et après 40 heures de voyage, ils arrivèrent à Montbrun ( champ de tir de garnison, à Anglet ) où commença la formation du bataillon et son entrainement et deux semaines plus tard ils furent transférées à Bayonne dont ils prirent, après, le nom. Le deuxième bataillon constitué de 250 volontaires, une semaine après le départ des Bayonnais, fut dirigé vers Reuilly d'où leur nom de « Reuilczycy » (Reuillois). Leur sort fut plus dur car ils furent dispersés dans les sections du 2e régiment de marche de la Légion étrangère alors que les Bayonnais formèrent la 2e compagnie du bataillon C (aux ordres du commandant Noiré) du 1er régiment de marche de la Légion étrangère. 



 
 Remise de l'étendard par le maire de Bayonne


Elle reçut le 21 septembre, des mains du maire de la ville, l’étendard conçu par Xawery Dunikowski et porté par Władysław Szujski. Les trois autres compagnies étaient formées de Tchèques (1re), Belges et Luxembourgeois (3e) et Italiens (4e). La compagnie polonaise était divisée en quatre sections dont trois premières ne comptaient dans ses rangs que des Polonais alors que la 4e était constituée de juifs polonais, Roumains et Hollandais.


 Le lieutenant Duomic, entouré, avec les jeunes recrues polonaises à Bayonne en septembre 1914.


Leur commandant était au début le lieutenant Maximilian Doumic (un architecte parisien, lieutenant de réserve de 52 ans) apprécié par ses subordonnés mais il fut remplacé en octobre par le capitaine Lobus, provenant d'une compagnie disciplinaire. Ce dernier adopta les méthodes pratiquées auparavant, brutalité et discipline sévère, qui nuisirent aux relations avec ses soldats, d'autant plus que la majorité était constituée de membres de l’intelligentsia. L'un de ces engagés écrit à sa famille : « le service est très dur et nous sommes si occupés qu'il n'y a presque pas de temps libre. On nous réveille à 4 heures du matin et à 4 heurs et demi nous sortons de la caserne pour les exercices. A 10 heures nous rentrons, mangeons de la soupe et un morceau de viande aux légumes puis à 12 heures et demi nous sortons soit pour les exercices soit pour apprendre le tir et nous retournons à 4 heures […]. Pour la marche nous partons la nuit, le plus souvent ; nous avons sur nous 36 kilos, pas livres, de munitions (la carabine incluse) et nous parcourons en moyenne 40 km par jour. Souvent on ne nous donne rien à manger (exercice de marche) et seulement le soir, pour nous entrainer. » Ces soldats polonais portaient l'uniforme français: le pantalon rouge garance, modèle 1887 et le képi rouge, modèle 1884, qui faisaient d'eux des cibles idéales pour la mitraille allemande.

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Les Bayonnais en entrainement en septembre 1914

 
Et un autre décrit le logement : « les conditions d'hygiène sont très mauvaises et c'est à cela qui était le plus difficile à s'habituer. Nous dormons dans la caserne, sur la paille, car tous les lits sont occupés par les blessés […] je me suis habitué de sorte que notre paille, non changée depuis 6 semaines, me paraît presque confortable »


 Le sommeil des volontaires dans les tranchées. Tableau de Jan Styka

 
Juste avant le départ au front les trois sections de la compagnie reçurent les sous-officiers polonais, formés comme tels à cette occasion. Le 22 octobre ils partaient pour le front en Champagne et à la mi-novembre le bataillon occupait la première ligne de tranchées à Sillery. Là, ils perdirent leur commandant, lieutenant Doumic, qui fut tué alors qu'il réprimandait un soldat tirant inutilement. Leur vie dans les tranchées ressemblait à celle des autres soldats (froid, humidité, crachin, neige, faim) mais à la différence des autres ils reçurent la mission spéciale d'enrôler leurs compatriotes de l'autre côté. Equipés d'un porte-voix, ils haranguaient en langue polonaise leurs compatriotes dans les lignes ennemis afin de les convaincre d'abandonner la Triple Alliance et rejoindre les unités françaises. Le contact fut engagé : conversations et chants communs en polonais, exposition de l'étendard des Bayonnais comme signal d'appartenance. Les Allemands réagirent en déplaçant leurs soldats polonais et en ouvrant le feu sur l'étendard dont le sauvetage coûta la vie de Władysław Szujski.


 La mort héroïque de Szujski. Jan Styka avant 1925


En mars 1915 la compagnie fut complétée d'autres Polonais dont les Reuillois, servant ailleurs, et mise sous le commandement du capitaine Osmond puis déplacée vers les environs d'Arras où elle devait participer, avec les Marocains en première ligne à l'offensive en Artois, plus précisément de la colline de Vimy près de Berthouval (9 mai). L'attaque, bien que prometteuse au début puisque les légionnaires reprirent trois fois les positions allemandes, se termina par l'échec et de lourdes pertes pour les forces alliées. 

Le bilan pour les volontaires polonais est difficile à préciser. Selon Wacław Gąsiorowski, auteur de « Histoire de l'Armée polonaise en France » (1931) il y aurait eu 29 morts et 99 blessés. Witold Jarno (auteur de "La première Division des tirailleurs de l'armée du général Haller, 2006) estime les Bayonnais à 300 engagés, en juin 1915 ils ne seraient qu'une cinquantaine. L’auteur du livre « Les Polonais du Nord » (Henri Dudzinski), publié en 2004 par les Editions La Voix du Nord, est plus précis. Il signale que 225 des 240 Bayonnais engagés dans la bataille de La Targette le 9 mai 1915 ont disparu. Selon l'auteur ayant travaillé dans les archives ouvertes des régiments de la Légion étrangère, on dénombre 749 légionnaires inscrits comme sujets polonais. Mais à ce tableau il conviendrait d’ajouter les irrédentistes, c'est-à-dire les soldats déserteurs des autres puissances belligérantes. Et il ne faut pas oublier le principe d'engagement dans la Légion étrangère: « En signant dans cette unité d’élite, l’individu perd son statut d’autochtone ou d’allochtone pour devenir un Légionnaire au seul service de son Unité et de la France »

Les rescapés furent réunis dans une section de compagnie commandée par le lieutenant, Jan Rotwand, et transférés vers Notre-Dame-de-Lorette puis Souchez où, le 16 juin, ils participèrent aux combats en subissant de nouvelles pertes. En juillet les restes des Bayonnais furent regroupées dans les casernes à Lyon. Certains comme Marian Stefan Himner rejoindront l’école d'aviation militaire de Pau.

Il faut rappeler ici qu'en juin 1915 le gouvernement français, encore sous la pression russe, discutait de l'opportunité du retrait de décret concernant l'enrôlement dans la Légion étrangère de ressortissants des pays ennemis (cf. mon article sur l'attitude des puissances belligérantes face à la question polonaise). Les volontaires polonais se trouvaient devant le choix imposé par l'ambassade russe et le gouvernement français à savoir: rester dans l'armée française ou rejoindre l’armée russe. Les autorités militaires devaient étudier les cas individuels. Douze Bayonnais optèrent pour l'armée russe ou plus exactement pour les légions polonaises en formation en Russie. L'étendard fut déposé au Comité des Volontaires pour ensuite être repris en 1917 par l'Armée bleue du général Haller.


                  
  L'étendard des Bayonnais de Xawery Dunikowski. Il est exposé aujourd'hui au musée militaire de Varsovie. Le régiment des Bayonnais a été décoré entre autres de la Croix de Guerre avec Palme (France) et de la Virtuti Militari (Pologne).

L'Armée bleue

 

Contexte international 



Le 4 juin, le président de la République, Raymond Poincaré signa le décret de création d'une « armée polonaise autonome placée sous les ordres du haut commandement français et combattant sous le drapeau polonais ». Cette armée polonaise qui comptait en novembre 1918 près de 30 000 hommes, combattit en France et fut la matérialisation symbolique des liens particuliers entre les deux pays.

 En effet c'est au XVIe siècle que ces liens avaient été noués par l'élection au trône de Pologne du frère de Charles IX, Henri de Valois (1573) et dont les armoiries figurent sur la page d'accueil de ce blog. On peut y lire la devise en latin : « toujours fidèle ». Elle n'a pas été toujours respectée par la France. Le roi lui-même abandonna en catimini sa nouvelle patrie au bout de six mois. Lorsque la Pologne fut partagée, Napoléon ne restaura pas l’État mais lui substitua un duché, réduit aux territoires pris aux Prussiens et aux Autrichiens. La Russie était à ce moment-là son allié. Et comme l'histoire se répète l'Alliance franco-russe bloqua pendant longtemps la possibilité de création sur le sol français d'une force militaire polonaise (cf mon article "Les Puissances centrales et l'Entente et la reconstruction de l’État polonais pendant la Ire Guerre mondiale).


Ce ne sont même pas les évènements à Petrograd de février 1917 qui changèrent la position du gouvernement français, l'alliance tenait bon et la diplomatie russe restait toujours influente à Paris. Ce furent les prises de position du gouvernement provisoire réagissant à celles du Soviet de Petrograd (mars 1917) et la politique des Puissances centrales (janvier 1917) face à la question polonaise qui obligèrent le gouvernement français d'opérer un volte face.


 Le mémorial d'Ignacy Paderewski


L'activisme du pianiste, Ignacy Paderewski, incita ce dernier à rédiger un mémorial destiné au président Wilson. Le message de ce dernier au Sénat du 22 janvier 1917 (dans lequel il exposait sa conception d'une " paix sans victoire ", le droit des peuples à se gouverner et comme une évidence : l'indépendance de la Pologne) fut le premier pas dans l'élaboration des "14 points" adressés au Congrès et l'entrée en guerre (6 avril 1917) de la première puissance mondiale aux côtés de l'Entente. La décision américaine contribua à revoir la position française.


.Le message du président Wilson au Sénat du 22 janvier 1917


 

 

Formation de l'Armée polonaise



En mai le Ministère des affaires étrangères envoya des lettres à ses ambassades de Petrograd et Washington afin de consulter ses alliés sur l'opportunité de création d'une armée polonaise en France. La décision du gouvernement français fut prise à la fin du mois de mai. En juin une mission  militaire franco-polonaise fut créée afin d'assurer le recrutement, l'organisation et l'instruction de l'armée polonaise sous les auspices du Comité des volontaires polonais. C'est un vieux colonial, le général Louis Archinard qui fut placé à la tête de la mission alors que le lieutenant-colonel, Adam Mokijewski devint le chef d'état-major des forces armées en formation dont l'entretien était à charge du gouvernement français.
Le Comité des volontaires fut remplacée par le Comité national polonais créé à Lausanne le 15 août 1917 par Roman Dmowski. Son siège fut rapidement transféré à Paris au 31 bis de la rue Kléber auprès de la principale puissance de l'Entente dont les membres reconnurent le Comité comme substitut du gouvernement polonais à l'étranger et représentant des intérêts de la Pologne: la France - 20 septembre, Le Royaume-Uni - le 15 octobre, l'Italie - le 30 et les États-Unis - le 10 novembre 1917.


 


Les membres du Comité national polonais: assis de gauche à droite: Maurycy Zamoyski, Roman Dmowski, Erazm Piltz, débout - Stanisław Kozicki, Jan Emanuel Rozwadowski, Konstanty Skirmunt, Franciszek Sobczak, Władysław Sobański, Marian Seyda et Józef Wielowieyski



Le recrutement de l'armée polonaise s'effectua selon quatre sources distinctes :
- le passage par voie de mutation des militaires polonais ou des Français d'origine polonaise servant dans des unités françaises ; 
- les engagements volontaires ;
- les engagements des Polonais des brigades russes de France et de Salonique ; 
- les engagements en provenance des prisonniers de guerre détenus en France et Italie.
Ce recrutement était modeste au début car il se heurtait à des réticences multiples. D'abord au sein de l'Armée française, qui connaissait vers la fin de l'année 1917 les problèmes d'effectifs, les chefs de corps se montraient hostiles à des mutations qui diminueraient encore leur nombre de combattants.
Les engagements volontaires étaient le fait d'Américains d'origine polonaise, naturalisés ou non. Au moment d'entrer en guerre les États Unis ne disposaient que d'une armée de 200 000 de soldats volontaires, peu ou pas préparés à la guerre. Il fallut décréter la conscription, recruter, équiper, former au combat, transporter et ravitailler en Europe un corps expéditionnaire de plus en plus important. Ces conditions d'engagement américain dans la guerre freinaient l'arrivée de candidats d'outre-Atlantique prêts à s'enrôler dans l'armée polonaise en formation sur le sol français.
Ensuite les chefs des brigades russes de France et de Salonique, où on pouvait trouver au total 1500 Polonais tardaient à répondre aux demandes, bien qu'autorisées et déposées par leurs subordonnés.
Et enfin, dans le cas de prisonniers de guerre, dont le nombre en France était de 6792 en juillet 1917, le gouvernement français en prit soin particulier car ils désiraient ardemment se battre contre l'Allemagne.


Le 22 juin les autorités françaises précisèrent les conditions de recrutement. Tous ceux qui avaient un permis de séjours, les Français d'origine polonaise ainsi que les soldats déjà engagés dans les armées alliées pouvaient s'enrôler dans l'armée polonaise à partir de 17 ans. Les volontaires devaient se présenter auprès de la Mission militaire franco-polonaise présente à Lyon, Bordeaux, Nice et au Mans ainsi qu'à Oran. Les soldats provenant de l 'armée française constituant la majorité des volontaires recrutés durant l'été et l'automne 1917, conservaient leurs grades et droits militaires (décret du 16 septembre). De toute façon l'organisation des forces polonaises s'inspirait directement du modèle français. Pourtant les uniformes blues horizon, qui donnèrent le nom à l'Armée, possédaient quelques éléments polonais dont l'aigle sur les pattes d'épaule, boutons, casques. Il faut noter aussi l'adoption d'une chapka souple comme couvre-chef et le refus de l'intendance française de la fabrication d'une tenue de parade pour lanciers appelée "ulanka" en raison de son coût et de son utilité opérationnelle limitée.



 Les uniformes de l'Armée bleue




Le chasseur polonais



Le Comité craignait la subordination des forces polonaises aux autorités françaises. Roman Dmowski n'acceptait pas une telle situation et afin de faire pression sur le gouvernement français, bloqua la distribution des drapeaux aux régiments et menaça d'arrêter le recrutement puis renonça au prêt proposé par la France. La nomination du commandant en chef de ces forces était le principal point de discorde. Les négociations furent entamées et le 28 septembre le Comité signa avec le gouvernement français un accord. Dmowski en sortait gagnant, le Comité nommait comme commandant en chef de l'Armée bleue, le 4 octobre, le général Haller, ancien commandant de la IIe Brigade de Légions polonaises. Et de ce fait les forces polonaises obtenaient le statut de forces alliées.

Les autorités françaises prêtèrent, pour les besoins de formation et d'entrainement des volontaires polonais, le camp militaire à Sille le Guillaume (à 25 km du Mans, dans la Sarthe) en IVe région militaire. Il était composé de baraquements en bois pouvant recevoir 2 à 3000 hommes. Une fois nettoyé et remis en état le camp reçut, le 27 juin 1917, les Polonais dont le premier commandant était l'ancien officier de l'armée russe et de la Légion étrangère, capitaine Władysław Jagniątkowski.



                         Camp des troupes polonaises de Sillé-le-Guillaume (Sarthe). Distribution du courrier (ECPAD)


Le dépôt avec une première compagnie fonctionnait déjà en juillet et suite à l'arrivée de nombreux volontaires le 1er août on forma quatre compagnies qui allaient constituer le premier bataillon (18 septembre) dont le capitaine Józef Kozłowski allait devenir le commandant. On y trouvait des Bayonnais rescapés. 



            Le drapeau des "Bayonnais" entre les mains des soldats de l'armée polonaise en formation 1917



Pendant tout l'été, alors que se présentaient d'autres candidats, les officiers polonais et français, "inaptes à faire campagne", consacrèrent leur énergie et leur savoir à traduire les règlements militaires français, à l'entraînement physique et sportif et à l'apprentissage de la langue française dont la maîtrise restait loin des attentes. Cette situation obligea les supérieurs, à partir du 24 septembre, à donner des ordres quotidiens en deux langues, le matin en français et le soir en polonais.


Sillé-le-Guillaume. La revue du premier bataillon par le général Archinard, 15 octobre 1917


En novembre le dépôt commençait à recevoir des volontaires de Hollande et du Brésil et en décembre ceux de l'Amérique du Nord qui ignoraient le français ce qui parut d'autant plus indispensable de maintenir le bilinguisme des ordres. En janvier le recrutement commença à tarir : 491 hommes d'origine polonaise ayant servi dans l'armée française, alors que les forces polonaises comptaient déjà 4341 hommes d'autres origines. On y recensait 721 Hollandais, 136 Français, 65 Brésiliens, 24 Anglais, 4 Belges, 2 Suisses et 3389 Américains. 

 

Recrutement en Amérique du Nord


Comme on voit la principale source était états-unienne et ceci s'explique par l'activisme de Paderewski et du Comité central polonais de secours, formé à Chicago le 2 octobre 1914 par la Polonia américaine qui reprit l'idée de la question polonaise suite à l'intervention du président Wilson devant le Sénat, l'intervention qui était en relation avec la campagne présidentielle dans laquelle on cherchait l'appui de l'électorat polonais.
Avant l'entrée des les États-Unis en guerre les membres du "Sokół", réunis à Cambridge Springs en Pennsylvanie, décidèrent de fonder la première école d'aspirants.  

Afin de développer les cadres militaires et face à la politique hésitante et isolationniste des États Unis les représentants de la diaspora polonaise entamèrent des pourparlers en 1916 avec les représentants du gouvernement canadien (sir Samuel Hughes, ministre de la défense). En décembre ils reçurent son autorisation pour former comme officiers les candidats de Sokół. Les 23 premiers candidats furent transportés, en janvier 1917, de manière quasi clandestine à Toronto pour suivre les cours accélérés de l'école d'officiers à l'Université. A partir de mai le responsable des cours, colonel Arthur D'Orr Le Pan, face au nombre croissant de candidats transféra son activité à Camp Borden (camp d'entrainement de l'armée canadienne). Informé de la décision de l'état-major d'Ottawa (c'est le chef d'état major canadien, le général W.G. Gwatkin, sensibilisé à la question polonaise, qui favorisa la décision, bientôt il allait être appelé « parrain de l'armée polonaise »), il déménagea, avec ses 28 instructeurs canadiens et 180 officiers et sous-officiers polonais déjà formés, à Niagara-on-the-Lake.

Donc le premier camp d'entrainement des volontaires polonais en Amérique, appelé "The Tadeusz Kościuszko Polish Army Training Camp", fut installé sur le sol canadien car les autorités militaires américaines refusèrent d'en fournir un sur leur territoire prétextant leurs besoins limités pour l'entrainement de leur propres volontaires en préparation pour le front en France. Le 3 octobre 1917, le premier contingent de 3078 volontaires arriva de Buffalo. Il faut rappeler que la bourgade comptait à l'époque un milliers d'habitants anglo-saxon qui ne voyaient pas d'un bon œil ces étrangers slaves.

Ils devaient construire quatre baraquements, pour 300 hommes chacun. La place manquait et les autres furent placés dans les usines désaffectées, hôtels et maisons vides, granges et autres bâtiments municipaux. Tout manquait et certains passèrent des nuits froides sous les tentes (les dernières tentes furent démontées seulement le 23 janviers).
Les autorités canadiennes s'engageaient à fournir les uniformes, hébergement et soins médicaux. La France devait payer la solde ce qui correspondait à 5 cents par jour (les sous-officiers et officiers recevaient plus). Les uniformes kaki de l'armée canadienne n'étaient pas seuls à équiper les volontaires d'où une certaine « cacophonie » coloristique et de style qui régnait chez les volontaires à l’exception de couvre-chefs à l'aigle polonais.
Dans le camp on adopta comme hymne national le chant religieux :« Boże coś Polskę ... »



Le texte traduit en anglais ici.


Trois bataillons furent formés, chacun avec 4 officiers, composés de quatre compagnies. Un officier supplémentaire préparait les candidats au rang d'officier pour le service en France. En novembre le camp reçut 40 volontaires femmes qui devaient servir comme infirmières et 19 prêtres, pour encadrer les soldats fortement attachés à la religion catholique. Tous étaient soumis aux exercices d'entrainement quotidiens mais les samedis et dimanches étaient libres. Ces exercices avaient pour but de familiariser les volontaires aux armes et on considérait que les pratiques militaires plus adéquates au combat réel allaient être introduites en France. Comme en France, les problèmes de langue étaient significatifs et la communication entre les officiers canadiens et les volontaires polonais se limitaient parfois aux ordres.


En octobre de nouveaux groupes se présentèrent et le nombre de volontaires atteignit 4300 personnes. La place commençait à manquer et à la mi-novembre un bataillon de 2400 hommes avec les instructeurs canadiens et polonais, fut transféré à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Québec. Là-bas, après le stage, tous à l'exception des instructeurs canadiens, furent transportés en France (20 février 1918). 

Le camp originel souffrant de sur-effectifs, les autorités militaires américaines permirent l'ouverture d'un autre sur leur sol, et le 3 décembre 1750 volontaires furent déplacés juste de l'autre côté de la frontière, à Old Fort Niagara dans l’État de New York. Ici les instructeurs américains reprirent le travail et le 18 février les recrues polonaises, au nombre de 647, partirent de New York pour la France.

Du 3 octobre 1917 au 26 mars 1918, 22 395 volontaires se présentèrent au camp de Kościuszko. 20 720 dont 221 du Canada furent reçus et entrainés. 60% des recrues étaient originaires de la Pologne russe, 32,5% de la Galicie autrichienne et 3% de la Pologne prussienne. Peu étaient nés sur le sol américain et l'engagement des Polonais pour une armée qui allait être constituée en France fut un phénomène unique pour l'époque puisque leur pays n'existait pas sur les cartes. Entre 1914 et 1918 la traversée de la frontière canadienne par les ressortissants allemands et autrichiens était quasiment impossible. Une commission canadienne, composée de 6 prêtres polonais venus des États Unis, vérifiait s'ils étaient nés Polonais au cas où ils n'auraient pas de citoyenneté américaine. Si cela se confirmait ils obtenaient un passeport polonais établi par un bureau diplomatique fonctionnant à partir de 1917 (443 passeports délivrés), alors que la Pologne n'existait pas comme État avant novembre 1918.


Les représentants de la Mission militaire franco-polonaise débarquèrent sur le sol américain en août 1917 pour y entreprendre l'action de recrutement qui, de fait, se concrétisa suite à la présence du sénateur français, Franklin Bouillon. Ce dernier reprit en main toute l'action et reçut, le 15 septembre, l'autorisation officielle du gouvernement américain qui présenta une réserve quant aux volontaires polonais, citoyens américains déjà engagés dans l'armée américaine ce qui de fait limitait l'action à ceux ayant moins de 20 ans et plus de 30 ans.
 
Entre 1917 et 1918 on ouvrit 14 centres de recrutement dans 18 États de l'Union. Chaque centre était dirigé par un ou plusieurs officiers polonais en uniforme national. Des personnalités connues dans les réunions et des prêtres dans les églises appelaient les hommes à s'engager au nom de l'amour et pour le service de la patrie. On projetait le film patriotique « Pour la Liberté et la Patrie ». Les plus grands activistes provenaient de l'association «  Sokół » et ce sont ses membres qui fournirent le plus grand contingent de volontaires (20 000). Souvent ils laissaient le travail bien rémunéré, la maison et les amis, étant convaincus de l'importance de leur participation au combat pour une Pologne indépendante. Entre 13 décembre 1917 et 23 mai 1918, 17 bateaux transportèrent tous les volontaires polonais d'Amérique (22 720). Le 26 mars 1919 le camp d'entrainement "
Tadeusz Kościuszko" fur définitivement fermé, trois semaines après le banquet organisé à Buffalo pour remercier les Canadiens qui avaient contribué à la formation de l'armée polonaise.
 



La création du Régiment de Chasseurs Polonais (RCP) et de la 1re Division



Le nombre croissant de volontaires poussa le gouvernement français à programmer la création d'un régiment d'infanterie qui de fait s'appellerait "régiment de chasseurs polonais" (RCP) tandis que les unités portées recevraient le nom de chevaux-légers. Le 1er régiment naquit officiellement le 10 janvier 1918 et était commandé par le lieutenant Jasieński. Il était composé de trois bataillons et d'une compagnie supplémentaire, composée, elle-même, de deux pelotons (de génie et télégraphique), services de transport, orchestre et cantonnement. Chaque bataillon possédait trois compagnies d'infanterie et une de mitrailleuses. Deux nouveaux camps pour les soldats de plus en plus nombreux furent ouverts à Laval et Mayenne.


Les cadres constitués de 72 officiers provenaient des États Unis (46), des armées, française (20), russe (4) et allemande (2). Le 25 février le régiment passa sous le commandement français du général Henri Gouraud (IVe Armée) et fut transféré dans les camps proches du front, à Saint-Tanche et Mailly-le-Camp, entre la Seine et la Marne. Là, les recrues subirent des exercices de sapeurs et d'emploi de mitrailleuse lourde et de grenade.

En mars 1918, le commandant du groupe d'armées Nord, le général Louis Franchet d’Espèray visita le camp pour observer les manœuvres de la 169e division d'infanterie française à laquelle était attaché le régiment polonais. Dans son rapport du 11 mars au général Foch, il conseilla de retarder le départ du régiment au front mais, afin de les familiariser avec les réalités de la guerre une dizaines d'officiers furent envoyés dans les premières lignes pour 10 jours sans qu'ils prennent part au combat. Le régiment était enfin prêt pour partir entre 20 et 21 avril. Les soldats se rendirent à pied à Sompuis (à 10km du camp) et défilèrent, le 10 mai, devant le chef de la Mission militaire franco-polonaise (gen. L. Archinard), les généraux H. Gouraud et F. d’Espèray et R. Dmowski (chef du Comité national polonais) qui exprimèrent leur satisfaction.


Avant la 2e bataille de la Marne le commandement français décida d'employer le régiment polonais stationnant dans le camp de Sompuis, entre Fère–Champenoise et Vitry-le-François, là, où se concentrait la IXe Armée en formation. Selon Stefan Wyczółkowski l'engagement au combat du RCP s'opéra le 4 juin 1918 (date anniversaire symbolique) alors que Witold H. Trawiński évoque l'ordre du commandement pour le départ de Sompuis en le datant du 30 mai. Les deux s'accordent pour la date de la prise de position sur le front au sud de Reims, le 4 juin, sous le commandement du général Henri Berthelot (Ve armée). Quelques jours plus tard le RCP fut transféré vers Suippes, sous le commandement du général Henri Gouraud (IVe Armée), à l'est de Reims. Le 18 juin le RCP reçut son premier étendard, offert par la ville de Paris, à Pont d'Issus, près de Villers-Marmery. Les soldats prêtèrent le serment « Devant Dieu […] la fidélité à [leur] Patrie, la Pologne une et indivisible […] de sacrifier la vie pour sa cause sacrée, sa réunification et sa libération, de défendre [leur] drapeau jusqu'à la dernière goutte de sang, respecter la discipline et l'obéissance […], de veiller à l'honneur militaire polonais »




 Remise des drapeaux offerts par Paris, Nancy, Belfort et Verdun à la 1re Division d'infanterie polonaise le 22 juin 1918. A la gauche du président Poincaré lisant son discours, le général Gouraud.


Le 1er RCP fut déployé sur le segment de la 163e division d'infanterie française jusqu'au 15 juillet après quoi le commandement de la IVe Armée le transféra une dizaine de kilomètres plus loin en le mettant sous le commandement de la 170e division d'infanterie du général Joseph Bernard qui allait devenir le commandant de la 1re division de chasseurs polonais. Ainsi le RCP se trouva aux environs de Saint Hilaire-le-Grand (à 10 km au Nord-ouest de Suippes sur la route de Reims. Pendant les jours suivants les soldats polonais participèrent à la défense des positions françaises face aux assauts de fantassins allemands, et aux expéditions en vu de s'emparer de prisonniers allemands dont certains s'avéraient être leurs compatriotes, avec, à chaque fois, des pertes importantes.


L'offensive allemande démarra le 15 juillet rencontrant une forte résistance des armées françaises et de quelques divisions américaines. Le 1er RCP participa à plusieurs opérations d'importances diverses et perdit dans la journée du 15 juillet 102 hommes.
A cette occasion, le général Gouraud écrivit : « le régiment (polonais) a été remis en secteur le 5 juillet au moment où les menace d’attaque se sont précisées sur le front de l'armée (…) le 14 juillet, veille de l'attaque allemande, ses éléments ont été portés sur la position de résistance et ont pris part à la bataille (…) dans ces diverses circonstances le régiment s'est très honorablement comporté ».

Le régiment, retiré (ordre donné le 14 août 1918) du front, allait rejoindre la 1re division en formation.


Soldats du 2e régiment de chasseurs polonais


Pendant ce temps-là se constituait la 1re Division polonaise composée des 2e et 3e régiments d'infanterie et du 3e régiment d'artillerie. Le 22 juin ces formations, réunies près de Mailly, obtenaient à leur tour les drapeaux offerts par les villes Nancy, Belfort et Verdun. Le 8 juillet la division comptait 227 officiers et 10 005 soldats. Renforcée par les volontaires d'Amérique du Nord (20 000), elle était prête à combattre en Champagne.


Le 4 août le Conseil suprême de la guerre prit la décision officielle concernant la formation de la 1re division à partir du commandant et des détachements de la 63e division d'infanterie reformée. Son premier chef fut le général Joseph Ecochard, remplacé par le général Jean Vidalon, l'ex-chef de l'état-major de la IVe Armée avec, comme adjoint, le colonel Jasieński. Le 28 septembre le Comité national polonais en prit le contrôle politique et elle obtint le statut de « seule, autonome, alliée et combattante armée polonaise ». Le 4 octobre son commandant français fut remplacé par le général Józef Haller. Certaines de ses unités participèrent à la dernière phase de la guerre dans les Vosges. La formation de l'armée polonaise augmentée de la 2e division d'infanterie se prolongea jusqu'au mois de décembre 1918. L'armistice ne marqua pas la fin de son existence, bien au contraire, elle atteignit le nombre de 70 000 militaires grâce au recrutement, entre autres, des 25 000 prisonniers de l'armée austro-hongroise. Organisée, en avril 1919, à base de corps (1), divisions (5) et ,en juin, de 5 régiments d'infanterie, 1 escadron de cavalerie et 1 bataillon de génie supplémentaires, sur le modèle français, elle fut équipée et armée grâce à la démobilisation des armées françaises. Appelée « Armée bleue » à cause des uniformes, elle était la mieux entraînée et la mieux équipée de toutes les formations militaires de la Pologne indépendante et allait jouer un rôle important dans les guerres contre les Ukrainiens et les Bolcheviques.


L'instructeur français, adjudant Jouteux, en compagnie de ses élèves polonais.



Et pour finir, il serait injuste d'oublier que parmi les Polonais engagés dans les combats en France il y avait des aviateurs. Certains avaient acquis un diplôme en Russie mais la plupart se formèrent dans les écoles récemment créées dans ce domaine, la France étant un des premiers pays à développer la nouvelle arme dans la guerre. Les pilotes devinrent des « professionnels », même si le parfum d'aventure ne disparut pas totalement. Les écoles et dépôts d'aviation furent placées sous le commandement de l'inspecteur général des écoles et centres d'aviation, le lieutenant-colonel Adolphe Girod. Il était sous les ordres direct du Ministre de la Guerre pour toutes les questions relatives à l'organisation générale, au personnel et au matériel. Parmi ces écoles voici la liste de celles où les pilotes polonais reçurent leur diplôme.



Adjudant Stefan Pawlikowski, né le 11 octobre 1896 à Kozłów, près de Minsk (Russie) - Fils de Władysław Pawlikowski et de Józefina Morawska, étudiant avant la guerre.
Pilote de l'escadrille SPA 96 du 30 juillet 1918 au 23 février 1919


École d'aviation militaire d'Avord (dpt du Cher):
-adjudant Stefan Zygmunt Pawlikowski (engagé dans l'aviation russe, école supérieure technique de Moscou puis école technique d'aviation à Moscou, entré dans l'aviation russe en septembre 1916, engagé comme pilote dans les troupes polonaises, dépôt des troupes polonaises de Villé-le-Guillaume du 23 février au 6 mars 1918, pilote d'escadrille);
- sergent Władysław Mickiewicz (mobilisé dans l'aviation russe en avril 1915, pilote d'escadrille ), caporal Marian Stefan Himner, (engagé volontaire et incorporé dans la 2ème compagnie du 2ème bataillon du 1er régiment de marche de la Légion Étrangère).

École d'aviation militaire de Chartres:

- sergent Stefan Czajkowski (engagé au 2ème groupe d'aviation de Saint-Cyr, le 27 août 1914, affecté au Régiment du Génie de l'Air du 18 septembre au 1er octobre 1915 puis pilote d'escadrille, pilote convoyeur du RGA du 19 février au 3 juillet 1917);

- sous-lieutenant Wladimir Garliński (brevet de pilote en Russie, le 26 mai 1913, mobilisé dans l'aviation russe, le 13 juin 1914, affecté à l'armée polonaise en Russie, affecté à l'armée polonaise en France à compter du 28 février 1918 );

- sous-lieutenant Stanisław Jerzy de Rudlicki (engagé dans l'aviation russe, le 1er mai 1915 puis il termine l'école d'officiers, commande l'école de pilotage de Simferopol en 1916, engagé dans l'armée polonaise du général Józef Dowbor-Muśnicki, le 25 novembre 1917 puis dans l'armée polonaise en France à partir du 16 décembre 1917, affecté à l'état-major de l'armée polonaise, le 3 décembre 1918);

- lieutenant Jerzy Kossowski (militaire de carrière, engagé comme artilleur en Sibérie en 1912 puis dans l'aviation en Russie, breveté pilote militaire en Russie, le 20 février 1916, engagé dans l'armée polonaise en France, le 1er mai 1918, pilote d'escadrille).



École d'aviation militaire de Tours:

- lieutenant Dominique Ciechomski (entré en service au 23ème régiment de Dragons du 31 août 1914 au 20 juillet 1915)

École d'aviation militaire du Crotoy (dpt de la Somme):
- caporal Tadeusz Szaniawsky ( engagé au 1er régiment de la Légion Étrangère, le 22 août 1914, affecté à l'aéronautique de la IVème Armée à compter du 14 juillet 1917, pilote d'escadrille).

École d'aviation militaire d'Etampes (dpt de l'Essonne):

- lieutenant Aleksander Sapieha (officier de la cavalerie autrichienne, engagé dans l'armée polonaise comme élève pilote, le 18 novembre 1917, pilote d'escadrille).

En septembre 1918 fut constituée une première escadrille polonaise et la France allait permettre à la Pologne, après la guerre, la création de sa propre aviation en y envoyant une mission de conseil et de formation et du matériel.

 
Un pilote polonais du 19ème escadron de chasse polonais (il porte l'insigne de pilote polonais sur l'épaule gauche) pose devant son SPAD VII, ayant appartenu à l'escadrille SPA 162 - Cette unité, commandée par le capitaine Fernand Bonneton, fut déployée en Pologne au sein de la Mission polonaise. Elle servit, avec ses moyens humains et matériels, a créer le 19ème escadron de chasse polonais, le 4 avril 1919 - A la fin de septembre 1919, le personnel français laissait sa place aux Polonais déjà formés et rentrait en France.

2 commentaires:

  1. Bonjour Monsieur,
    J’ai lu avec intérêt votre blog sur la Pologne et en particulier le passage sur les Bayonnais (Bajończycy).
    http://histoirespolonaises.blogspot.fr/search?updated-min=2014-01-01T00:00:00-08:00&updated-max=2015-01-01T00:00:00-08:00&max-results=9
    Bravo pour ce riche travail de mémoire. J’ai remarqué que vous avez lu le petit texte que j’ai mis en ligne en janvier 2014.
    http://ancienssaintcasimir.e-monsite.com/pages/2014-centenaire-du-debut-de-la-premiere-guerre-mondiale.html
    Petit détail, mais détail important ; la bonne orthographe est DOUMIC et non Duomic !
    Voir en pièce jointe j’y joins quelques documents et références qui pourront vous être utiles, je l’espère.
    Encore Bravo pour votre travail.
    Je mets votre site en lien sur notre page.
    Pourriez vous me donner votre mail pour que je puisse vous envoyer la pièce jointe avec photo et référence.
    Voici mon mail : zalisz.rene@orange.fr

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  2. Un grand bravo pour la qualité de votre recherche.
    Votre contribution à la connaissance de l'Armée Bleue est tout à fait remarquable de clarté et de précision.

    A l'occasion de la célébration de l'Indépendance de la Pologne, nous mettons en ligne une partie de notre collection familiale.Une page est dédiée au thème " Bajończycy - Błękitna Armia" :
    http://ksiazyk.com/collection.ksiazyk.blekitna.armia.html

    N'hésitez pas à me faire connaitre vos commentaires, suggestions et corrections. L'inventaire est en cours.

    Très cordialement.
    Marie-Jeanne

    Marie-Jeanne Capuano Ksiazyk
    contact@ksiazyk.com
    www.ksiazyk.com

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